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L'Action Automobile (n°327 de Novembre 1988)

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LOTUS SUPER SEVEN
Une cure de Jouvence

Le drapeau tricolore s'élève doucement. J'ai enclenché la première vitesse avec la main gauche, l'embrayage est très peu progressif, il faudra faire patiner les roues. Je maintiens l'aiguille du compte tours par de petites pressions du pied droit sur l'accélérateur. Les moteurs s'affolent. Mon rythme cardiaque s'est stabilisé. Je fixe les yeux du directeur de course, son regard se fige, c'est le même influx nerveux qui abaisse son drapeau et libère mon embrayage. En emmenant une meute de Lotus Super Seven dans mon sillage, je viens de faire un bond dans le passé.

J'ai 22 ans et je participe à ma première course !

 

Super Remparts !

Mon départ a été parfait, je freine à l'intérieur et sors en tête du premier virage. Un coup d'œil au rétroviseur me confirme que ça va être dur. Les places sont chères, ça se bouscule derrière moi ! Je me prends tellement au jeu que j'en oublie que je ne suis plus un gamin et que je dispute le Grand Prix d'Angoulême des voitures anciennes. J'ai quand même quelques excuses, je suis réellement au volant de "ma" voiture : la Lotus Super Seven de l'AGACI. Je la conduisais pendant l'opération Ford Jeunesse en 1964. Alain Nibart l'a retrouvée au fond d'une cour de ferme, elle servait de cage à poules. Il l'a remise en état et il court régulièrement dans une Coupe Super Seven pour nostalgiques des années 60.

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Il faut que j'arrête de rêver, j'ai un furieux à mes trousses, et manifestement, il a résolu d'épingler un pilote de notoriété à son palmarès ! J'ai évidemment pas mal oublié comment fonctionnait cette voiture. Je ne me rappelle pas que la tenue de route se dégradait aussi vite. Peut-être y a t-il de l'huile dans les rues d'Angoulême, à moins que les 120 chevaux malmènent quelque peu les pneumatiques modernes de la Lotus. A l'époque, mes V10 s'accommodaient très bien des 85 chevaux du moteur "Corsair". Ayant un peu repris confiance, je me fais piéger au freinage de l'épingle des Marronniers ! Je suis furieux, j'ai perdu une place mais content quand même car, j'ai bien failli incruster la Super Seven dans les rails ! Ca aurait fait désordre ! J'en connais qui doivent bien se marrer là-haut, Dolhem, Depailler, Cevert ou Dayan. Je suis sûr qu'ils sont en train de se foutre de moi, assis sur un petit nuage au dessus des remparts. La piste est maintenant de plus en plus glissante, un moteur a dû rendre l'âme. Je me reconcentre et je rétablis le contact avec le premier. C'est beaucoup plus dur pour lui maintenant. Il doit continuellement surveiller ce qui se passe derrière.

Image!Pescarolo et la Lotus avec laquelle il vient de gagner à Angoulême, le désormais Grand Prix des Remparts. Il s'agit de la réplique exacte de celle de ses débuts.

Au bout de quelques temps ce que j'espérais arrive enfin. Il fait une petite faute, et je repasse en tête. Encore deux tours à couvrir. Ca chauffe sérieusement. Dans le dernier freinage, il tente le tout pour le tout. Je prends un bon coup dans le...derrière, et c'est à fond de contrebraquage que je m'élance vers la ligne d'arrivée. Avec un capot d'avance ! Pendant le tour d'honneur, une gerbe de fleurs dans les bras, je ne peux m'empêcher de lever les yeux vers le ciel, et d'être triste. C'était le bon temps, j'étais jeune, j'avais plein de copains et beaucoup d'espoir... je me suis bien amusé, on s'est tiré une bourre d'enfer, et les nuages, j'irai leur rendre visite tout à l'heure avec Madie, ma femme, en hélicoptère. C'est pas mal non plus.

 

Super Seven

C'est fou ce que cette opération Ford Jeunesse a marqué une génération. Sur le plan des pilotes, c'était en France, la période creuse. Jean Behra s'était tué en course, Maurice Trintignant s'était retiré, il n'y avait plus de pilotes français en F1. Henri Chemin, directeur du service compétition de Ford France, eut l'idée de créer la première formule de promotion française. Avec le soutien de Sport Auto et d'Europe n°1, dix-neuf lotus Super Seven, ont été distribuées aux Automobiles Club en kit. Les jeunes qui allaient être sélectionnés feraient une saison de circuits et de courses de côte, entièrement gratuitement. Il y eut 1500 inscrits à Paris, 2000 en Ile-de-France, et même enthousiasme partout en province.

Il fallait d'abord construire la voiture. La Lotus Super Seven n'était pas réellement une voiture de course. C'était le genre de véhicule typiquement britannique que l'on conduit avec un serre-tête en cuir et des lunettes à pans coupés. Sa conception était très simple, un châssis tubulaire, des suspensions triangulées à l'avant et une mécanique issue d'une voiture de série. Moteur, boîte et pont étaient empruntés à la Ford Corsair. Le nez avait la forme caractéristique des Lotus de cette époque. Le reste de la carrosserie se composait de tôles d'aluminium rivetées. Pour courir, on avait retiré les ailes et la capote et on avait remplacé le pare-brise par un joli saute-vent lui aussi en aluminium. En fait, c'était une monoplace pour deux, que l'on conduisait seul

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Super école de course

Nous avons mis tout l'hiver pour monter la voiture. Je fus chargé du rodage du moteur, a Montlhéry. Il fallait d'abord se familiariser avec une position de conduite très spéciale. Placé a droite, on changeait les vitesses avec la main gauche. Pas facile au début. Ensuite, on avait l'impression d'être assis par terre. Si on laissait pendre le bras, la main frottait le sol Enfin, il fallut s'habituer progressivement aux réactions d'une voiture très différentes des 1093 et autres Triumph sur lesquelles s'étaient déroulées les sélections. A Angoulême, j'ai retrouvé les mêmes sensations. Malgré son âge, la Lotus Seven est une merveilleuse voiture. La direction est hyper directe, les roues sont bien guidées et les suspensions relativement efficaces. La voiture est très sur-vireuse, mais facile à contrôler, jamais vicieuse. En plus, le fait d'être assis complètement a l'arrière du véhicule amplifie la perception de la dérive. Le moteur actuel légèrement préparé, développe 120 chevaux. Sans auto-bloquant, la motricité est très mauvaise, mais c'est amusant. Il faut doser l'accélération en sortie d'épingle sous peine de vulcaniser le pneu intérieur. Avec un poids très faible, les performances sont dignes d'un grand tourisme moderne. Le Cx d'un autre âge est un gros handicap pour la vitesse de pointe. Tout cela je l'ai découvert progressivement à Montlhéry. Quand la première course est arrivée. j'étais chez moi dans la Super Seven, les autres s'en sont aperçus, à leurs dépens. Encore maintenant, je suis persuadé qu'un jeune pilote serait merveilleusement formé en courant avec cette voiture. Beaucoup mieux certainement qu'à l'issue d'une Coupe se déroulant avec des tractions avant. Autre époque, autres mœurs.

 

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Super Dupont !

Il y a un gros problème pour rouler en Lotus Super Seven sur la route, en France. D'abord, c'est très difficile d'en trouver, ensuite, on ne peut pas l'immatriculer. En dehors de quelques privilégiés qui ont surmonté tous ces écueils - dont Gérard Crombac, de Sport Auto. Il fallait donc se résigner. Il existe maintenant une alternative. Un industriel commercialise une Super Seven française, la Super Martin. J'ai d'abord cru que c'était une nouvelle BD de Gotlib. Après Super Dupont, pourquoi pas Super Martin!

 

Super réplique

Quand j'ai vu la voiture, pas de doute, c'est une Super Seven. Le mérite de Monsieur Martin, constructeur de motos par ailleurs, est d'avoir construit l'exacte réplique de la Lotus, et surtout de l'avoir passée aux Mines. Les puristes vont bien sûr crier au scandale, mais au moins peut-on acheter cette voiture et rouler légalement en France à son volant.

Techniquement, c'est pratiquement la Lotus. Un châssis tubulaire supporte les éléments de carrosserie en polyester et tôles d'aluminium. A l'avant des roues indépendantes avec triangles superposés et combinés ressort-amortisseurs concentriques. A l'arrière un essieu rigide guidé par une barre Panhard et des tirants latéraux. Le freinage est assuré par des disques à l'avant et des tambours à l'arrière. La direction à crémaillère est très directe. Tout cela doit vous rappeler quelque chose non ? Pour la mécanique, il suffit de trouver une Ford Sierra à la casse. Vous reprenez le moteur 1600 cm3 de 74 ch, la boite 4 vitesses, la transmission et le pont arrière. Vous pouvez soit commander la voiture en kit (TVA 18,6) - il vous faudra 150 heures de montage - soit la commander complète c'est plus cher et moins amusant.

 

Super jouissif mais super poussif

Monsieur Martin définit lui-même cette voiture comme étant le troisième véhicule, celui que l'on sort pour s'amuser. Je ne sais pas si l'homologation n'a pas été possible avec un moteur plus puissant. mais bien que le poids soit très faible (640 kg), on aurait besoin de quelques chevaux de plus pour vraiment s'amuser. La voiture que je conduisais à Angoulême en disposait de 120, c'était suffisant. C'est dommage, car on retrouve au volant, des joies complètement obsolètes.Image! Surtout ne sortez pas la capote, c'est vilain et inutile. Un Barbour et un serre-tête feront l'affaire. Ensuite, baladez-vous, sans but sur les petites départementales françaises. A notre époque de répression et de brimade, vous allez de nouveau rouler pour le plaisir.

Il y a encore beaucoup de détails à revoir, mais au moins. cette Super Martin a le mérite d'exister et puis surtout, elle ne coûte pas trop cher. A partir du moment où vous aurez les mains dans le cambouis, débrouillez-vous pour donner un peu plus de souffle au moteur, ce n'est pas trop compliqué. Et enfin, qui sait, Si vous n'êtes pas encore contaminé, elle vous communiquera peut-être le virus des voitures de collection. Mais alors là, attention, c'est beaucoup plus grave!

Super Pesca!

 

TECHNIQUE SUPER MARTIN

Moteur: Ford Sierra; AV longitudinal; 4 cylindres; 1597 cm3 (81,3 x 76,95 mn) ; carburateur double corps; 74 ch DIN à 4900 tr/mn; 12,6 mkg à 2 900 tr/mn; puissance au litre: 46ch

Transmission: aux roues AR; boite 4 rapports; vitesse pour 1000 tr/mn en 4e: 31,32 km/h; vitesse maxi en 1e/2e/3e (à 5 950 tr/mn): 52/93/133 km/h.

Suspension: AV: triangles super posés, barre anti-roulis; AR: essieu rigide; AV et AR: combinés ressort-amortisseur.

Direction: crémaillère; diamètre de braquage:12,9 m

Frein: disques AV; tambours AR.

Pneumatiques: 195/60 R 14.

Carrosserie: roadster 2 places; carrosserie en polyester + tôle d'aluminium; châssis: treillis tubulaire; CX indéterminé; longueur: 3,48 m; largeur: 1,68 m; empattement :2,30 m; voies AV/AR: 1,315/1,44 m.

Poids: 640 kg; répartition AV/AR: 50/50%; rapport poids/puissance: 8,6kg/ch.

PERFORMANCES

Vitesse maxi: 150 km/h

PRIX env. 63 000F

Kit n°1 (châssis, carrosserie, suspensions...)

33 000 F

Kit n°2 (pédalier, direction, réservoir...)

4 885 F

Kit n°3 (amortisseurs, échappement, radiateur...)

12 056 F

Kit n°4 (tableau de bord, faisceau électrique...)

6 900 F

Options et accessoires:

Roues alu

8 000F

Roues acier

2 250 F

Ecrous fixation

612 F

Roll bar chromé

1 050 F

Arceau de capote

600 F

Modification pont

850 F

Modification arbre

750 F

Voiture complète: de 137 000 F à 150 000 F.

MARTIN Rue Clément Ader,
ZI. Les Fruchardiéres
85340 OLONNE-SUR-MER.
Tél: 51.32.41.88.

L'Action Auto, 1988