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Salon du cabriolet, avril 1990. A côté du
roadster Martin apparaît une Cobra flambant neuve. La PGO ? Non,
celle-ci occupe normalement son stand a quelques mètres de Ià.
Alors? Eh bien la Cobra Martin est née, tout simplement ! Depuis,
elle a fait le Mondial, à Paris, en octobre, Rétromobile
en février, sera présente au Kit Car Show de Birmingham,
fêtera son anniversaire au Salon du Cabriolet 91 à Paris,
du 4 au 7 avril, avant de s'envoler pour le Salon de Tokyo en fin d'année.
Une cinquantaine de coques ont déjà été produites
et l'objectif pour 1991 porte sur une soixantaine de voitures fabriquées.
A
terme, Martin Production compte en sortir 100 par an ! Utopique ? "Tout
le monde rêve devant une Cobra, et les vraies sont aujourd'hui
si rares", commente Bruno Betus, chargé, entre autres multiples
activités, des relations avec la presse.
"Nos clients roulent tous les jours dans de lourdes
berlines aseptisées, dotées d'assistances de toutes sortes,
de l'air conditionné, etc. En roulant en Cobra, ils retrouvent
des sensations oubliées et se font plaisir", explique-t-il.
Plaisir des yeux d'abord, car les formes de l'auto
ont toujours constitué un régal. La Martin, baptisée
Martin 427 Racing restitue le charme et le pouvoir de séduction
de l'original. Elle offre une bien meilleure impression que les premiers
roadsters Martin répliques de Lotus Seven dont la finition laissait à désirer.
Sorti en 1986, le roadster s'est bien amélioré et a trouvé sa
clientèle. Il a déjà été produit
en 350 exemplaires, et rien que cette année, la petite usine
des Sables d'Olonne devrait en fabriquer une centaine de châssis.
On ne chôme pas chez Martin, d'autant que depuis le mois de janvier
de cette année, l'entreprise a repris la fabrication du Tilbury,
ce petit roadster aux lignes anglaises, sur base de Renault 4, à la
société La Rochelle Autoloisirs. Une cinquantaine pourrait être
construite cette année, ce qui porterait le total des fabrications
Martin pour 1991 à 210 voitures, montées ou en kit.
UNE MOTO À 4 ROUES
Mais comment en arrive-t-on à fabriquer des
répliques de Cobra ? Au départ, Georges Martin, aujourd'hui âgé de
42 ans, se lance à Paris, en 1972, dans la fabrication de cadres
de motos. Il aime cette activité pour son côté créatif,
et à côté de ses réalisations pour la route,
engage des motos en championnat du monde d'endurance. Au début
des années 80, il livre jusqu'à 500 cadres par an. Puis
le marché des 2 roues commence à changer, et au Salon
de Paris 1986, il présente sa première Martin roadster, " une
moto à quatre roues ". Entre temps, il a installé Martin
Production aux Sable d'Olonne et s'est transformé en chef d'entreprise;
27 personnes travaillent avec lui dans des locaux de 1 500 m2.
A la fois au four et au moulin, c'est-à-dire
derrière la table à dessin, à l'atelier, au téléphone,
etc, il continue à créer, mais ne roule plus à moto. " Je
ne peux plus me le permettre", dit-il en montrant son entreprise,
qu'il ne quitte pratiquement jamais. Conscient de l'importance de llexport
pour une SARL comme la sienne, Georges Martin a créé deux
succursales, l'une en Grande-Bretagne et l'autre en Belgique où sont
assemblées les voitures exportées non vendues en kit.
Une autre succursale devrait bientôt naître en Allemagne.
Il est aussi représenté au Japon et au Portugal par des
importateurs. Les 2/3 environ des roadsters Martin partent à l'exportation,
et 7 Cobra sur 10. Et la moto, dans tout ça ? À part
quelques pièces encore faites aux Sables, l'activité moto
repose sur Martin Belami au Japon, et Martin BMW en Allemagne (K 100
Turbo Martin), avec moins d'une centaine de motos montées localement
dans ces deux pays. Visiblement rangé des deux roues, Georges
Martin souligne toutefois : " l'expérience acquise sur
les motos permet aujourd'hui d'aller plus vite ". Comprenez :
le roadster et la Cobra ont de qui tenir !
L'ESPRIT COBRA
À côté du roadster Martin déjà connu,
proposé 160 000 F tout monté ou à partir de 65
000 F en kit (hors mécanique), apparaît donc la Cobra
Martin, réplique d'une 427 7 litres street version de 1966,
dotée d'une prise d'air de capot semblable à celle de
la version Racing. Précisons tout de suite que cette voiture
n'est pas importée d'Angleterre, c'est une création Martin.
Elle peut être à vous pour 250 000 F ou en kit à partir
de 56 400 F (hors mécanique), sachant qu'il faut environ 350
heures pour la monter soi-même. Si
vous demandez d'entrée quel V8 elle utilise, vous avez tout
faux, les normes sont telles qu'aujourd'hui les artisans évitent
ces bêtes à chagrin (d'homologation). Alors Martin a choisi
le V6 Ford de 3 litres monté dans la Scorpio. Equipé de
2 catalyseurs, il développe 145 ch et délivre 22,6 mkg à 3
000 tr/mn. Ce n'est pas assez puissant ? Sans doute, mais les performances
obtenues avec les 975 kg de la bête restent satisfaisantes, suffisantes
en tout cas pour quelqu'un recherchant d'abord dans cet achat le look
et le mythe Cobra. D'autant que le 0 à 100 km/h s'effectuerait
en 6"5, et que la vitesse de pointe s'établirait à 205
km/h avec le pont court et environ 220 avec le pont long. Ce n'est
pas ridicule, loin de là, et franchement, le plaisir procuré par
cette auto passe par bien d'autres considérations que des chiffres.
Le V6 est accouplé à la nouvelle boîte de vitesses
Ford MT 75. |
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Martin reprend d'ailleurs le maximum de pièces
d'origine Ford. Ainsi, le châssis tubulaire caissonné (phosphaté chez
un sous-traitant de Heuliez), conçu et fabriqué par Martin,
intègre-t-il des berceaux de Ford Sierra recevant les trains
roulants. Chance la Cobra et la Sierra ont les mêmes voies. Les
freins aussi viennent de chez Ford (assistance, disques ventilés
avant de diamètre 239,7 mm, etc.), comme la direction (non assistée),
mise a part la colonne, spécifique. Les amortisseurs, dont le
positionnement est modifié, sont fabriqués " maison " (tubes
et coupelles) à partir de pièces achetées à un équipementier
spécialisé. Mais sur demande, le client peut se faire
monter des Spax réglables (14 positions) à l'arrière.
En fait, Martin assure la fabrication du maximum de pièces :
c'est une façon pour lui de mieux contrôler la qualité et
de pouvoir réagir vite et puis il aime créer ! Il aime
voir la pièce naître sur sa table à dessin et sortir
des nombreuses machines qui garnissent l'atelier : tours, fraiseuses,
scies, cintreuses à commande numérique, postes de soudures,
etc. Environ 85 % des pièces nécessaires à la
Cobra (hors mécanique) sont faites maison ; citons les pare-chocs,
les échappements, les moyeux avant, le bouchon d'essence à ouverture
rapide (renfermant un bouchon classique fermant à clé),
l'entourage de pare-brise, le levier de vitesses, les sabots de protection
des ailes arrière (en alu), l'arceau de sécurité,
les déflecteurs et leurs ferrures, les papillons de roue et
les roues elles-mêmes ; elles sont réalisées en
acier avec un voile alu reprenant le dessin des jantes d'origine. L'atelier
Martin se charge aussi de la sellerie (cuir Connolly noir, ou autres)
et des faisceaux électriques. La fabrication à la main,
cela existe toujours Les équipements comme les phares, joliment
galbés, proviennent de chez Lucas, les volants de chez Motolita,
les pneus sont des Goodyear NCT de 215/70x 15 et 235/70x 15 importés
spécialement d'Angleterre où ils sont fabriqués
pour Rolls Royce. Et la carrosserie, me direz-vous. Elle a été moulée
sur une vraie et l'imite donc à merveille. Réalisée
en fibre de verre, elle est renforcée par endroits de renforts
tubulaires en acier. Elle est boulonnée et collée au
châssis. Livrable sans arceau, la Cobra Martin peut en recevoir
un petit côté conducteur, ou un plus large, comme celui
que vous pouvez voir dans ces pages sur la voiture utilisée
pour un bref galop d'essai...
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CHEVEUX AU VENT
Après une semaine d'exposition, la Cobra du
stand Martin à Rétromobile a eu l'air heureuse de se
retrouver sur la route. Nous l'avons vite débarrassée
de sa capote qui l'enlaidit plutôt, mais peut se révéler
fort utile. Elle se monte à l'ancienne avec deux demi-arceaux
et protège de la pluie " mieux qu'une Morgan et moins bien
qu'une Golf ". Heureusement, il n'a pas plu Sachez tout de même
qu'elle est proposée 2 800 F en option. Cette voiture est la
première construite, qui devait passer au crash4est. Mais elle était
trop belle, et l'homologation a été obtenue avec une
autre auto, encore visible aux Sables d'Olonne. Ça fait toujours
mal à voir, et d'ailleurs, ce test pourrait bien disparaître
dans les années à venir. Très galbée, très
sensuelle la Cobra vous laisse bouche-bée. Bien sûr, les échappements
latéraux ne sont pas branchés, ils ne sont même
pas montés d'origine, mais l'ensemble n'en dégage pas
moins un fort parfum d'authenticité.
Même
si l'instrumentation - venant bien des Etats-Unis - est regroupée
au centre de la planche de bord. Le cuir Costil rouge habille joliment
l'habitacle. On remarque le levier de vitesses, fidèle à l'origine,
et le levier alu regroupant les commandes des phares, du klaxon et
des clignotants.
Prendre place dans le petit baquet n'est pas aisé,
car la voiture a été adaptée à un client
de petite taille. Passer de l'accélérateur au frein pose
quelques problèmes, mais on s'y fera le V 6 démarre instantanément,
mais on regrette déjà, bien que le son des échappements
soit satisfaisant, l'absence d'un V 8, pour la forme, pour les chevaux,
pour l'Histoire. L'avantage de cette Cobra est cependant d'utiliser
une mécanique moderne, donc fiable. Il faut normalement faire
une croix sur le coup de la panne A moins que la bombe anti-crevaison
- il n'y a pas de roue de secours - ne puisse venir à bout d'un éclatement
particulièrement sournois... Dans un vrombissement sympathique,
la Cobra prend son envol. Le pont long n'autorise pas le wheeling,
mais les sensations ne sont pas absentes pour autant. À partir
de 100 km/h, le bruit et le vent vous enveloppent, vous commencez à planer. À 200
km/h, la tenue de cap reste impeccable. Les freins (montés avec
des durites aviation) répondent bien, mais la suspension se
montre trop souple. Cette première voiture n'est pas en configuration
définitive. Alors au freinage, l'avant s'écrase et la
carrosserie vient frotter sur les pneus. Dans ces conditions, il est
impossible d'attaquer et de profiter des sinuosités de la route.
Dommage ! Quant à la direction, non assistée, elle rappelle
vraiment celle des voitures anciennes par sa lourdeur et son inertie. |