La revue "Online" Extraits de la revue du club La revue "Online"

N°12 - Décembre 1997

 

Editorial - Le Mot du Président

Saviez-vous que 1997 était l'année St Martin ? En effet, ce brave saint, né en 397, fêtait allègrement ses 1.600 ans...
J'en ai conclu, et vous serez tous d'accord avec moi, que nos voitures sont faites pour la longévité : en comptant que vous faites 10.000 km par an, et que votre moteur tiendra 100.000 km, il vous faudra changer 160 fois de moteur avant de fêter les 1.600 ans de votre roadster.

Alors bon courage, et bonne année 1998.

Denis Turrou

 

 

Mémoires d'un âne (qui ne s'appelle pas Martin) et d'une Seven

Suite du numéro 10

Dans une main, le polycopié abominable, imbitable, méprisable, inutili-sable, pompeusement dénommé " Manuel de Montage TTM " (1), dans l'autre rien, et, par terre, une couverture (spécialité de Laon) (2) le châssis couché dessus (le chien s'y couchait aussi) pour ne surtout pas l'abîmer, et un inventaire que je qualifierais de glaucopratin (3) de pièces automobiles, provisoirement statiques, de l'écrou de moyeu qui se visse à l'envers, à la boîte mécanique MT75 5V interdite - mais que faire ? elle-était-accrochée-au-moteur-monsieur-l'ingénieur-des-mines, en passant par les coques de sièges effrayées par une bonne paire de fes-ses gauloises... et caetera et caetera... Devant cet amoncellement, je me sentis soudain bien seulabre : je m'en faisais une montagne et je n'avais pas de guide de montagne... je veux dire pas de guide de montage !

Lors, l'élégant chevalier de la mécanique qui m'habite, inflexible et rigide à ses heuresw, insista dignement pour que je traduise calmement " A typical assembly sequence " en 23 points et seulement 4 pages - du bouquin de Tony Weale " Lotus Seven : Restoration - Preparation - Maintenance ", chez Osprey - Printed in Great Britain... Ah oui, je me souviens de ce voyage scolaire en Albion, il y a, hum, longtemps, où j'avais beaucoup insisté pour visiter Beaulieu (prononcer Biouli), son musée automobile, son parc d'attractions et surtout sa librairie (4)... le prétexte de ce " trip " était plutôt axé sur les Romains, certes, certes... mais sans chercher plus loin, Lotus c'est romain... enfin j'avais eu mon précieux livre, pour dix-neuf livres (on peut le trouver maintenant à la Boutique du Collectionneur, Fontainebleau). Mais çà me broutait la masse pour parler franc de traduire, je préférais regarder les photos...

A seize heures deuxww, le brigand de la came et du cambouis, inconscient, irréfléchi, impulsif, spontané (mais généreux) que je reste, se lança dans le " Système D " bien français, tout de go et go ! Quelquefois les brigands dépassent en audace les chevaliers. Comme disait Totor H. Oui, mais... avec le " Système D ", il y a son corollaire quasi-obligé : " E max ", cela va sans dire.

" E max ", loi universelle qui colle à tout, partout et toujours, dès le matin, à la moquette, aux jambes dès qu'il s'agit de tartines de miel, de beurre ou de confiture et que les Américains, fâchés avec l'abstraction, se sont appropriée, la baptisant " loi de Murphy " (du nom d'un improbable et malchanceux mirlitaire au QI évidemment améliorable) et qui n'est autre que notre bonne vieille loi de l'emmerdement maximum...

J'ai commencé par vérifier l'étanchéité des soudures des deux réservoirs à essence prismatiques et rouillés, suivant ainsi, pour la première et la seule fois sans doute, le conseil de mon parrain automobile... Obstrués, placés en position normale sur des tabourets, gorgés d'eau (5), le tout vingt-quatre heures dans la baignoire, ils n'ont ni coulé, ni fui, moi non plus d'ailleurs car je suis resté... baba ! Dans ce cas E Max = zéro. Séchés au sèche-cheveux, dérouillés, rustolés et peint en noir Julien.

Puis vint le tour des 18 silent-blocs des deux paires de triangles avant, des quatre barres de poussée et de la barre Panhard : un bon système vis-écrou, deux belles grosses rondelles, un peu de vaseline et de bonne volonté, çà rentre facilement, c'est un vrai plaisir...

J'ai ensuite ingénieusement fabriqué un dispositif carrément " Molotou " pour écraser les ressorts à boudins, à base de fortes tiges filetées, d'écrous et de segments, de grosses cornières en acier... simple, efficace, inquiétant, à prendre du bout de la clef à molette... Cérémonie un peu longue... Les ensembles ressorts-amortisseurs étaient réglés très durs pour l'avant, plus souples à l'arrière... direction et adhérence according to old Chap (en anglais dans le texte) sont les deux mamelles de la tenue de route... Puis je me suis souvenu que lorsque j'avais arrêté de fumer j'avais pris dix kilos (certaine personne de mon entourage clame qu'il faut y ajouter un pouce... cette personne elle ment... personnellement je pense que l'on doit s'en tenir au système métrique). Alors j'ai retendu les ressorts arrière... çà m'a pris un peu de temps mais donné des sueurs froides...

A Pâques 92, j'avais négocié un moteur 1600 Sierra (53.470 km) à carburateur déconomique, sa boîte 5V, son arbre creux et ses pauvres 75CV théoriques, ainsi qu'un pont arrière de paléo-Taunus 1600 (un 3,78 à 1. Ah, non ! c'est un peu long jeune homme : vous vous foutez d'avoir de mauvaises reprises, en somme !). Tout çà dans une grande réserve biologique aveyronnaise, près d'Espalion : quelques milliers de voitures, classées, bien rangées par empilement de 3 ou 4 dans des allées bien parallèles...

L'homme de Chelles (Seven Seven = 77), ferrailleur ambigu qui s'acharne à faire br I ller de vieilles b A gnoles qu'il trou V e dans sa ca SS e (6) m'a vendu fort cher une boîte 4 de Sierra préhistorique... comme il y avait un macaron marqué " Loups du Gévaudan " sur la vitre arrière de celle-ci, je me suis dit que la BV 4 connaissait la Lozère et j'ai fermé les yeux sur les 120.000 (km, et centimes...).

Un petit voyage touristique à Olonne pour préparer les deux arbres et le pont et, muni de tous ces accessoires, visiter accessoirement la région, ses arbres, ses ponts...

De retour au bercail, tout le monde sur le pont : capitaine et moussaillon à la fois, je m'enjoignis de le gratter, le dérouiller, le poncer, le rustoler, le peindre en noir et l'équiper des platines de freins de Renault 20 préalablement percées Ford, puis des mâchoires complètes, des câbles de frein à main, des goujons, cylindres et tambours, pressé que j'étais de faire, modestement, rouler ma caisse.

Triangles, portes-roues avant, barres en tout genres, suspensions-amortisseurs, levier de frein à main de Peugeot 104 furent placés en un tournemain. A la crémaillère de direction de Métro, j'ai rajouté un demi collier d'échappement de 2CV Citroën pour bien coincer l'ensemble, évitant ainsi qu'il ne se déplace latéralement sur les supports alu... C'était un petit conseil de mon parrain, Alain, à qui la mésaventure était arrivée... (E max dans un virage !). Les tubes de direction accouplés au système de sécurité Renault, équipés du volant, choisi petit " pour soulager le ventre de Monsieur ", l'avoiture était sur ses quatre roues provisoires, et telle un ballon, dirigeable...

A suivre...

Marc Pihouée